Le 7 Mai, comme prévu, les Français se sont réveillés pour les uns encore dans l’euphorie de la prise de la Bastille, pour les autres dans le vague à l’âme d’une Concorde restée déserte.
Les uns et les autres, distraits des mois durant par les hochets des deux candidats « utiles », ont été brutalement ramenés à la réalité par les Grecs qui, tandis que la France bataillait sur le viande hallal et sur le permis de conduire, se débattaient pour sauver leur peau et finissaient par renvoyer leur UMP et PS locaux , dangereusement "inutiles", aux vestiaires.
Dès le 8 novembre 2011 nous prophétisions ici, dans « Le nouveau gouvernement grec siègera à Berlin et Francfort » :
« Dans leur désespoir ( les Grecs), soit ils renonceront à leur souveraineté en reconduisant l’un des deux partis d’union nationale qui les ont conduits au désastre, soit ils risqueront leur démocratie en s’en remettant aux extrêmes qu’ils soient de gauche ou d’extrême droite.
Ainsi en va-t-il toujours de l’indépendance et de la démocratie : l’une ne va pas sans l’autre »
Ils ont donc donné leurs voix au parti d’extrême gauche, numéro deux dans le pays, et à l’extrême droite faisant entrer la salut nazi au Parlement , les deux rejetant les excès de l’austérité européenne, et la domination allemande.
La Grèce étranglée se débat dans d’ultimes sursauts, et sauf à la perfuser à perpétuité ce que personne ne conçoit, il ne lui restera bientôt qu’ à tenter une réanimation en sortant de l’euro et en dévaluant sa drachme restaurée.
Quelle aide peut-on encore apporter à un pays qui en ajoutant prêts, effacement de dettes, aides diverses, a déjà reçu 380 milliards € soit 177% de son PIB, a vu ce dernier reculer de 12% en 2 ans, le chômage grimper à 21% de la population, tandis que le déficit budgétaire grimpait de 68% au premier trimestre uniquement à cause des taux d’intérêts usuraires versés aux marchés financiers ?
Aucune de réaliste en vérité!
Sinon de relâcher la contrainte monétaire pour relancer l’ économie, et de financer le remboursement de la dette à taux zéro.Car la chute de la Grèce, hier encore réputée impossible par les euro babas est là !
La solution intelligente serait que l’Europe, pour la Grèce, mais aussi pour toute la zone euro, adopte enfin une politique de change agressive face aux grandes monnaies de ce monde pour rétablir l'équilbre des échanges, et que la BCE monétise la dette, ce qui n’exclut pas les efforts de rationalisation des dépenses publiques.
Pour cela il faudrait évidement convaincre l’Allemagne arque boutée sur des dogmes qui font reconnaitre enfin aux Echos du 10 Mai, citant Morgan Stanley, ce que nous disons ici depuis 4ans , à savoir :
La corrélation du change euro –dollar avec la Bourse allemande est « une des manifestations supplémentaires de la germanisation de la monnaie unique qui se rapproche du mark »
L’euro n’est pas la monnaie commune de l’Europe soutenons nous ici depuis toujours, mais la monnaie de l’Allemagne imposée à l’Europe parce que des gouvernants de rencontre en France y ont consenti.
L’autre solution, la sortie solitaire de la Grèce de la zone euro est enfin envisagée ouvertement par ceux-là même qui nous assuraient avec condescendance, hier encore, que ce n était pas pensable !
Encore faudrait-il que cela se fasse dans l’ordre, plutôt qu’à chaud à l’issue d’un nouveau vote probable des Grecs en juin.
Et c’est bien là que nous verrons de quoi « Moi , Président.. » est capable !...dès le 16 Mai chez Mme Merkel !
En attendant il serait avisé de se souvenir que le déficit extérieur de la France sur le premier trimestre atteint 17,44 milliards €, l’excédent de l’Allemagne 42,6 milliards €.
En attendant, il serait bon qu'il ait à l'esprit que nos parts de marchés dans notre ex pré carré africain qui étaient de 16,2% en 2000, c’est-à-dire au moment du passage à l’euro, se sont effondrées de moitié à 8,9% au profit des Chinois qui investissent à tour de bras dans ce continent en devenir ! Pendant qu'une part de son camp s’interroge encore sur une France Afrique qui a déjà cédé sa place à la Chine Afrique ! Voilà qui rassurera nos bonnes consciences internationalistes à défaut de créer des emplois et d’entretenir une solidarité centenaire !
Ainsi vont les choses…
Puisse « Moi , Président… » voir que nous sommes nous aussi menacés d’être Grecs avant longtemps !
Roger Franchino